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Fondateur

Frank Davies

Le Panthéon des Auteurs et Compositeurs Canadiens (PACC) / Canadian Songwriters Hall of Fame (CSHF) a été fondé par l'éditeur de musique Frank Davies en 1998.

Voici, dans ses propres mots, la genèse de toute cette aventure.

Dites-nous ce qui vous a amené à fonder une organisation vouée à la préservation de l'histoire de la chanson au Canada et comment l'idée vous en est venue. 

Au cours de ma longue carrière musicale et surtout en tant que producteur de disques et éditeur de musique, ce qui m'a d'abord et avant tout motivé et inspiré a été le travail, le métier et le talent des auteurs-compositeurs.

L'idée d'un temple de la renommée des auteurs-compositeurs a été « conçue » par hasard au milieu des années 1980 alors que je siégeais au conseil d'administration de l'Académie canadienne des sciences et des arts de l'enregistrement (CARAS). J'étais le premier éditeur de musique à avoir été nommé à ce conseil et j'étais la voix des auteurs-compositeurs et des éditeurs de musique au sein du groupe de professionnels de l'industrie responsable des Prix Juno du Canada.

Lors d'une de nos réunions, une présentation fut faite par Tom Sandler, dont la mère, l'auteure-compositaure Ruth Lowe, avait écrit le tout premier succès numéro un de Frank Sinatra, I’ll Never Smile Again. Elle venait de mourir (1981) et son fils était venu faire un plaidoyer passionné à la CARAS en faveur de l'intronisation de sa mère à titre posthume au Temple de la renommée de la musique canadienne des Prix Juno. 

Les administrateurs n'étaient pas opposés à la cause du fils de Mme Lowe, mais ils ont néanmoins conclu qu'ils n'étaient pas en mesure de reconnaître les carrières des auteurs-compositeurs à ce moment. La CARAS, à cette époque, mettait surtout l'accent sur la reconnaissance des réalisations récentes des artistes et sur leurs œuvres. Je comprenais les motifs de sa décision, mais j'en regrettais tout de même les conséquences et j'ai donc décidé de conserver le matériel utilisé pour la présentation en vue d’y revenir un jour.

Qu'est-ce qui était si émouvant pour vous dans cette présentation ?

Ce qui m'avait surtout frappé, c'est qu'après avoir vécu au Canada pendant plus de 15 ans déjà, en participant activement à la vie musicale du pays, je ne savais toujours pas que l'auteure-compositeure de cette chanson à succès – que je connaissais pourtant depuis mon enfance et le début de ma carrière au Royaume-Uni – était canadienne !

J'ai appris par la suite que je n'étais pas le seul. Peu de mes collègues de l'industrie musicale, pour ne pas dire aucun, étaient au courant des réalisations de Ruth Lowe et de son origine canadienne. J'en ai déduit qu'il devait y avoir beaucoup d'autres auteurs-compositeurs canadiens plus ou moins anciens dont les chansons pouvaient être aussi bien connues que les siennes, sans pour autant que l’on connaisse leur vie ou leur carrière. Contrairement à nos vedettes du monde du hockey, du cinéma, de l'humour et de l'enregistrement, ces talents remarquables restaient inconnus, surtout dans leur propre pays.

À quel moment avez-vous décidé de passer à l'action et de mettre en œuvre votre idée ? Quelles ont été les premières étapes ?

Au cours des premiers mois de l’année 1998, j'ai décidé que la création d'un « temple de la renommée » était la seule façon de trouver une solution efficace à ce manque de reconnaissance publique. J'ai donc établi la liste complète des auteurs-compositeurs qui dataient d'avant le Règlement sur le contenu canadien (1971), des chansons que je connaissais déjà et de celles que j'avais pu découvrir à l'aide des outils de recherche disponibles à l'époque.

Une fois que j'ai eu déposé les noms anglais et français que je voulais donner à l'organisme (c'est ma bonne amie et collègue Diane Pinet qui m'a aidé pour les noms français) et que j'ai décidé que, fondamentalement, le PACC/CSHF devait être un organisme sans but lucratif bilingue, national et apolitique et qu'il devait constituer un partenariat entre les éditeurs de musique et les auteurs-compositeurs – le terrain était préparé.

Lorsque j'ai consolidé mon plan et que j'ai présenté mes recherches à mes collègues à l'assemblée du 25 novembre 1998 de l'exécutif de l'Association canadienne des éditeurs de musique (CMPA), la liste des auteurs-compositeurs de naissance et/ou de formation canadienne antérieurs aux années 1970 et de leurs chansons avait pris beaucoup d'ampleur : elle s'étendait d'avant la Confédération à l'époque moderne. C'était une révélation pour tout le monde à la réunion, y compris pour moi !

Comment avez-vous entrepris votre collecte de fonds ?

Je me sentais franchement invincible au moment où j'ai présenté ma liste d'auteurs-compositeurs au comité exécutif de la CMPA. Après avoir expliqué quelles seraient les retombées à long terme de l'existence d'une telle organisation, je leur ai lancé un défi financier – c'est-à-dire que j'ai invité chaque compagnie membre de la CMPA (ou les individus qui étaient derrière) à avancer les capitaux de lancement nécessaires pour permettre au PACC/CSHF de s'établir et de fonctionner en attendant de se trouver un financement plus durable et plus diversifié dans l'industrie  et à le faire en remettant des contributions égales à celles que ma compagnie – TMP – et moi-même étions disposés à offrir.

La réponse a été immédiate et inconditionnelle. La CMPA s'est également engagée à y aller d'un montant égal à la somme des contributions de ses compagnies membres et des dons de particuliers, et elle n'a pas cessé de fournir des fonds additionnels substantiels au PACC/CSHF depuis. Les premiers bienfaiteurs du PACC/CSHF sont désignés « Fondateurs » ou  « Contributeurs financiers » du PACC/CSHF, et vous en trouverez la liste ailleurs sur ce site, où ils sont enchâssés en reconnaissance du rôle essentiel qu'ils ont joué.

Une fois les capitaux de lancement en place, quelles mesures avez-vous prises pour la création de l'organisation en tant que telle ?

Au début de 1999, le PACC/CSHF a formellement entrepris la prochaine phase clé de son établissement. Un comité provisoire CMPA/PACC d'éditeurs de musique a été chargé de superviser la croissance initiale de l'organisation et de développer le concept original de son mandat, de sa mission et de ses critères d'intronisation et d'éligibilité. Parmi ces tâches se retrouvaient le développement d'un plan d'affaires permettant d'évaluer nos besoins financiers à long terme, l'obtention de capitaux de lancement additionnels de la part de l'effectif général de la CMPA, la création d'un projet de règlement intérieur et le lancement d'une invitation à l'Association des auteurs-compositeurs canadiens (SAC) comme partenaire. Le tout s'est déroulé favorablement au cours des 12 mois suivants.

Le comité CMPA/PACC avait déjà établi que la SAC ne serait pas tenu de contribuer au financement initial de l'organisation, mais que l'importance de sa représentation et de son intérêt dans le PACC serait néanmoins égale à celle de la CMPA. Peu après notre première rencontre, la SAC a accepté de se joindre au PACC comme partenaire et on a pu entamer les travaux de négociation et de rédaction d'un règlement intérieur entre les deux organisations.

Comment le conseil d'administration du PACC/CSHF a-t-il été formé et quels en ont été les premiers membres ? Quelles ont été les premières initiatives du nouveau conseil ?

Une réunion très importante de membres de la CMPA et de la SAC a eu lieu le 22 septembre 2000 pour la nomination des membres désignés au conseil d'administration en vue de leur élection par les deux actionnaires (la CMPA et la SAC), pour l'approbation de l'ébauche finale des règlements administratifs et pour l'établissement de l'ordre du jour de la première assemblée du nouveau conseil – qui a eu lieu le 18 octobre 2000.

Le premier conseil d'administration du PACC/CSHF se composait de Pat Campbell, Michael McCarty, John Redmond, Tony Tobias et moi-même comme représentants nommés par la CMPA, et de Murray McLauchlan, Stan Meissner, Sam Reid, Ian Thomas et Sylvia Tyson comme représentants nommés par la SAC Sylvia fut élue présidente du PACC et moi, président du conseil d'administration.

Les deux années suivantes ont été une période débordante d'activités au cours de laquelle nous avons entrepris plusieurs initiatives clées. Il y a notamment eu la constitution d'un comité consultatif (formé d'un groupe varié de professionnels de l'industrie de la musique et du divertissement), la création et l'approbation de nos directives concernant l'intronisation, la recherche d'une statuette distinctive et éloquente à remettre à nos intronisés (et qui allait devenir le symbole de notre organisation), le lancement d'une campagne de sensibilisation ciblée dans l'industrie et, surtout, la mise en œuvre d'une stratégie visant l'obtention de financement à moyen terme provenant de l'industrie musicale. Ce dernier objectif était d’une importance capitale puisqu'il allait nous permettre d'engager les services d'un directeur général, de réaliser notre premier gala d'intronisation et d'ouvrir un bureau.

Quels sont les patrons fondateurs du PACC et à quoi correspond ce titre ?

J'ai passé une bonne partie de 2001 et 2002 à faire des présentations aux cinq maisons de disques multinationales d’importances de l'époque - BMG, EMI, Sony, Universal et Warner - ainsi qu'à la Foundation To Assist Canadian Talent On Record (FACTOR) afin d'obtenir leur appui financier et leur parrainage.

Au milieu de 2002, tous s'étaient engagés personnellement à appuyer l'initiative et, en compagnie de la Fondation SOCAN, sont devenus « mécènes fondateurs » du PACC/CSHF et nous ont aidés, financièrement ou autrement, durant cette période qui a été particulièrement difficile pour l'industrie de la musique. Il s'agissait de Deane Cameron, Denise Donlon, Randy Lennox, Garry Newman, Heather Ostertag, Ross Reynolds, Lisa Zbitnew et le conseil d'administration de la Fondation SOCAN.

En parlant de nos bienfaiteurs et du rôle qu'ils ont joué pour soutenir le PACC/CSHF au cours des premières années, je tiens également à reconnaître la générosité de Mark Nathanson, dont les dons personnels à l'occasion de nos deux premiers galas nous sont parvenus aux moments les plus opportuns. Nous avons reconnu sa générosité en faisant de lui notre premier « Mécène ».

Comment s'est effectué le lien avec la CARAS ?

Suite aux présentations que j'avais faites au conseil d'administration de la CARAS pour expliquer les buts et les objectifs du PACC/CSHF, Ross Reynolds, qui était à l'époque président de la CARAS, m'a approché au cours de l'été 2002 pour discuter de la possibilité d'unir nos deux organisations – par le biais du Temple de la renommée de la musique canadienne, une initiative des Prix Juno – afin d'honorer et de célébrer ensemble la totalité des réalisations canadiennes exceptionnelles en chanson. Des discussions plus formelles se sont déroulées entre nos deux conseils d'administration et, le 9 octobre 2002, un comité mixte PACC/CSHF – CARAS a été formé pour explorer cette idée. Une étude de faisabilité sur l'entreprise a ensuite été réalisée par Paul Audley & Associates avec le Lord Group. Le projet ambitieux de construire un espace physique pour honorer nos intronisés et nous permettre de conserver et exposer les archives de plus en plus imposantes du PACC/CSHF et de la CARAS continue de nous intéresser jusqu'à aujourd'hui.

Comment avez-vous relevé le défi de fusionner les cultures anglophone et francophone ?

Il était essentiel que le mandat du PACC/CSHF tienne compte de l'ensemble des Canadiens. À cet égard, une autre rencontre importante a eu lieu à Montréal le 21 novembre 2002. J'ai alors fait une présentation au conseil d'administration de la SPACQ (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec) pour décrire les plans d'avenir et les ambitions du PACC/CSHF et inviter l'organisme à se joindre au PACC/CSHF pour le faire bénéficier de son expertise particulière et de ses conseils pour la célébration des réalisations des auteurs-compositeurs francophones du Canada. La SPACQ fait partie intégrante de la démarche du PACC/CSHF depuis lors, et ses membres continuent de siéger au conseil d'administration du PACC/CSHF et de contribuer richement aux travaux de notre organisation. 

Quel souvenir gardez-vous des événements du premier gala et des premières intronisations ?

À l'automne 2002, un comité de recherche formé de membres du conseil d'administration a été nommé pour aider l'organisme à engager les services d'un directeur général. Suite à une recherche importante ayant produit plus de 150 demandes d'emploi, Jody Scotchmer a unanimement été nommée directrice générale du PACC/CSHF et en est devenue la première employée le 6 janvier 2003.

Nous sommes allés de l'avant en 2003 avec notre premier gala d'intronisation et la conférence de presse qui l'a précédé au Hard Rock Cafe de Toronto. Assistait à cette conférence de presse Gordon Lightfoot, notre premier intronisé dans la catégorie Époque moderne. La conférence de presse avait été organisée pour faire l'annonce officielle et la publicité du mandat du PACC/CSHF auprès du public canadien et pour dévoiler le nom de nos premiers intronisés. Elle fut un grand succès en grande partie à cause de la participation des vedettes, des auteurs-compositeurs et des journalistes qui y assistaient. Le gala proprement dit a été une soirée magique inoubliable pour tous et a servi de couronnement aux six années d'efforts qui l'avaient précédée.

L'année suivante, j'ai démissionné du PACC/CSHF comme membre et président du conseil d'administration. J'avais le sentiment que mes buts et objectifs de départ étaient maintenant atteints et que l'organisation pouvait poursuivre son œuvre sans moi. J'ai donc remis le panthéon aux soins compétents de mon bon ami Peter Steinmetz - aujourd'hui président du conseil d'administration - et de Jody Scotchmer, directrice générale, ainsi qu'à une multitude de nouveaux visages enthousiastes et énergiques qui y travaillent à titre d'administrateurs, coordonnateurs, employés ou bénévoles.

Parmi les nombreuses personnes qui ont participé aux travaux du PACC/CSHF au cours des années, à qui tiendriez-vous à dire un merci particulier ?

Je tiens certainement à exprimer mes plus vifs remerciements personnels à tous mes amis et collègues de l'industrie qui ont siégé avec moi aux comités et au conseil du Panthéon au cours des premières années déterminantes de son existence. Je songe surtout aux membres du comité provisoire CMPA – PACC/CSHF et du premier conseil d'administration du PACC/CSHF. À titre de bienfaiteurs d'un organisme sans but lucratif exigeant une somme énorme d'énergie et de soins de la part d'un petit groupe d'administrateurs bénévoles depuis 1999, plusieurs de ces coéquipiers et de leurs successeurs ont consacré et continuent de consacrer une somme importante de travail, d'expertise et d'enthousiasme au maintien et à l'avancement de la présence et des objectifs de notre Panthéon, ainsi qu'à assurer le succès de nos galas annuels d'intronisation.

J'adresse mes plus sincères remerciements à Peter Steinmetz pour avoir guidé de façon aussi louable un groupe aussi varié et aussi uni au cours de nos deux derniers galas et pour avoir assuré l'évolution harmonieuse de notre organisation au cours de cette période – et je remercie également Jody Scotchmer qui, avec une petite équipe d'employés dévoués et un groupe de bénévoles enthousiastes, a déployé des efforts infatigables pour maintenir et améliorer le progrès du PACC/CSHF.

Comme disait Oscar Wilde, « de nos jours, nous connaissons le prix de tout, mais la valeur de rien. » Que cet adage ne s'applique jamais à nos auteurs-compositeurs et à leurs chansons !

Frank Davies