Northern Island (1972)
Quand Elizabeth Wyn Wood aperçut pour la première fois le paysage de North Country, elle avait 22 ans et venait de terminer ses études au Collège des Arts de l'Ontario (O.C.A.) En compagnie de deux autres élèves, elle était à bord d'un train en direction du passage de la rivière Pickerel, entre Parry Sound et Sudbury. Le train s'est arrêté momentanément pour leur permettre de débarquer et transporter leurs bagages jusqu'à la rive rocailleuse de la rivière.
Emanuel Hahn, le professeur de sculpture d'Elizabeth au OCA, les attendait dans son canoë en écorce de bouleau. Il avait invité Mlle Wood à se joindre à un groupe d'élèves et de membres de sa famille sur son île privée à cinq milles du pont ferroviaire. Alors que l'écho du train s'éloignait, ils remontèrent la rivière Pickerel à la rame.
Personne ne se doutait qu'Emanuel Hahn et Elizabeth Wyn Wood étaient secrètement fiancés depuis plusieurs mois. Non seulement cette information aurait nui à leurs carrières, mais Mlle Wood tenait fièrement à son indépendance et désirait développer son talent par elle-même.
Lors de ce premier voyage, Mlle Wood avait avec elle un cahier à croquis usé et des crayons de lithographie noirs. Au fur et à mesure que les jours passaient, elle s'émerveillait du vent dans les pins blancs, des vagues sur les récifs et du granite rose poli de l'île. Les genévriers et lichens rehaussaient les rondeurs sensuelles de la roche ancienne. Les aménagements sur l'île étaient simples et rustiques. Tous dormaient dans des tentes et cuisinaient sur un feu de camp. Ils se régalaient, chantaient des chansonnettes, nageaient, dessinaient et exploraient les baies et canaux des environs.
Au début 1927, Mlle Wood termina le premier d'une série de sculptures de l'île (Island Sculptures), qui ont servi à établir l'originalité de son identité artistique. En effet, aucune autre sculpture n’a depuis réussi à illustreré les vagues, les rafales, les nuages, les arcs-en-ciel, le feuillage porté par le vent et les récifs de granite creusés par les glaciers, que ce soit en métal poli, bronze, étain ou aluminium, sur des bases de verre noir ou de marbre.
Pour célébrer le centième anniversaire de naissance d'Elizabeth Wyn Wood, sa famille a accepté d'adapter Northern Island pour en faire une réplique miniature qui sera remise en tant que statuette par le Panthéon des Auteurs et Compositeurs Canadiens. Ce prix célébrera la créativité des auteurs et compositeurs canadiens des trois derniers siècles.
ELIZABETH WYN WOOD, SCULPTEURE CANADIENNE - (1903-1966)
Artiste innovatrice, Elizabeth Wyn Wood a confronté le statu quo du monde de la sculpture de son époque et passé sa vie à explorer les possibilités et les nuances de son art. Sculpteure, professeure, auteure, partisane des arts, muse et mère, Wood personnifiaé toutes les facettes de sa créativité.
Née à la demeure familiale près d'Orillia en Ontario, Wood découvrit très tôt son amour et son talent pour les arts. En 1921, elle s'inscrivit au Collège des arts de l'Ontario (OCA) à Toronto où elle eut comme enseignants Arthur Lismer, J.E.H. Macdonald et Emanuel Hahn, qu'elle allait par la suite épouser.
Une bourse d'études de troisième cycle au OCA permit à Wood d'expérimenter avec de nouveaux matériaux et de développer son propre style. Elle évitae le bronze, métal traditionnel pour la création de statues, et créa des oeuvres en aluminium et en étain. Torso, exhibée au Musée des beaux-arts du Canada, a été coulée dans de l'aluminium poli. Man and Woman, de la Galerie d'art de l'Ontario et Gesture, du Musée des beaux-arts du Canada, ont été deux oeuvres marquantes sculptées dans le marbre issues de son intérêt pour les figures stylées et simplifiées.
C'est vers l'âge de vingt ans que Wood commença à exprimer son amour des paysages canadiens. Son interprétation moderne des paysages devint sa marque de commerce. Deux sculptures, Passing Rain (sculptée dans du marbre de type Orsera) et Dead Tree (en aluminium) sont exhibées au Musée des beaux-arts du Canada. La Galerie d'art de l'Ontario a exhibé la sculpture acclamée Reef and Rainbow, que l'on retrouve dans plusieurs livres sur l'art canadien.
Après s'être démarquée en tant que professionnelle de son art, Elizabeth Wyn Wood se dévoua à l'enseignement des jeunes artistes et à la sensibilisation du public à propos de la sculpture canadienne. De 1927 à 1961, elle fut professeure de modelage de l'école secondaire Central Technical de Toronto.
À l'automne 1928, Elizabeth Wyn Wood et son mari Emanuel Hahn créèrent la Société des Sculpteurs du Canada (SSC) en compagnie des artistes Frances Loring, Henri Hebert, Florence Wyle et Alfred Howell. Wood fut nommée à la présidence de la SSC en 1935, devenant ainsi la porte-parole nationale de l'organisme qui tentait de sensibiliser le pays à la sculpture grâce à des expositions et des compétitions pour des monuments publics. Elle déploya beaucoup d'énergie à la cause des artistes. En tant que membre clef de la communauté culturelle, elle travailla pour améliorer les droits d'auteurs et la commandite gouvernementale des arts.
Pendant les années de la Crise et la Seconde Guerre mondiale, Wood démontra sa conscience des problèmes sociaux à travers ses sculptures, dont celle d’unee jeune fermière Linda et celle d'ouvriers, Immigrant and Munitions Worker. Elle s'illustra avec ses portraits de Canadiens - tant des politiciens et des auteurs que des gens du domaine public. À travers son travail pour les arts, elle collabora aux efforts de reconstruction d'après guerre et fut une des deux délégués canadiens présents à la création de l'UNESCO à Paris en 1946.
Elizabeth Wyn Wood et Emanuel Hahn dessinèrent leur maison dans la vallée York Mills à North York, près de Toronto. Après la mort de Hahn en 1957, Wood continua son travail de studio en élaborant des pièces de monnaie, des médailles, des fontaines, des reliefs architecturaux et des monuments historiques pour le système des parcs de Niagara. Elizabeth Wyn Wood, qui avait toujours eu une santé fragile, s'éteignit à sa demeure du cancer en 1966.